CNH 2026 : Quels engagements pour l’accessibilité et les droits des personnes handicapées ?

CNH 2026 : quels engagements pour l’accessibilité et les droits des personnes handicapées ?

La Conférence Nationale du Handicap (CNH) a eu lieu ce matin. Exercice obligatoire de bilan triennal des politiques publiques du handicap, mais aussi de projection pour les trois années à venir, cette édition 2026 s’est traduite par l’annonce de 16 engagements.

En amont de la CNH

La Fédération des aveugles et amblyopes de France a participé activement à l’élaboration de propositions visant la pleine citoyenneté des personnes handicapées, parmi lesquelles les personnes déficientes visuelles. Car nous faisons aujourd’hui le constat que si les droits fondamentaux des personnes handicapées sont bel et bien reconnus dans le droit national et international, ils ne sont pas appliqués, voire considérés comme facultatifs et dispensables !

La loi du 11 février 2005 s’appuyait sur deux piliers majeurs : l’obligation d’accessibilité de tout à tous et le droit à compensation. Deux décennies plus tard, le compte n’y est pas.

L’environnement bâti comme numérique, l’espace public, les transports, autant d’obstacles à l’accès aux droits et libertés les plus élémentaires et évidents pour le reste de la population : liberté d’aller et venir, droit au logement, accès aux droits sociaux, à l’école, à la formation, au travail, aux loisirs, à la culture, aux soins, etc.

Les sanctions face à l’inaccessibilité restent trop rares et les discriminations trop nombreuses. La vie-même de personnes aveugles et malvoyantes est mise en danger dans les transports en commun, comme l’ont montré les drames survenus dans les métros parisien et lyonnais cette année et l’accès aux transports à la demande est aléatoire, coûteux ou inexistant selon les territoires.

L’heure n’est plus à un état des lieux – celui-ci est largement partagé – mais à la programmation, au financement pluriannuel et au suivi de la mise en œuvre de l’accessibilité, de toutes les accessibilités ! Il est temps de renforcer les sanctions et de faire de l’accessibilité en proximité, en élargissant le périmètre et les missions des commissions communales pour l’accessibilité (en y intégrant tous les services, y compris les services numériques).

Car en dépit des engagements répétés des pouvoirs publics, seules 12% des 250 démarches numériques essentielles sont aujourd’hui accessibles et le service public de déclaration des impôts, pour n’en citer qu’un, ne l’est toujours pas.

Le second pilier, le droit à compensation, reste inabouti et ineffectif : fortes inégalités territoriales dans l’évaluation des personnes et l’attribution des droits, maintien de la barrière d’âge de 60 ans qui entrave l’accès aux droits pour les personnes qui n’étaient pas reconnues éligibles avant cet âge, insuffisance de la PCH aide animalière…

Des évolutions urgentes sont nécessaires mais ne peuvent intervenir sans une démarche de co-construction véritable, avec les personnes concernées, au plus près de leurs lieux de vie.

Et après la CNH ?

Au chapitre du bilan présenté ce matin, nous saluons les avancées des trois dernières années, notamment la déconjugalisation de l’AAH, le retour à la priorisation de l’accessibilité universelle, y compris de l’espace numérique, la mise en œuvre du forfait surdicécité…

Au chapitre des 16 engagements pris ce jour par le Gouvernement et le Président de la République, nous regrettons l’absence d’engagements sur la compensation et l’accompagnement tout au long de la vie des personnes en situation de handicap visuel car la simplification ne suffit pas : suppression de la barrière d’âge de 60 ans, compensation sans restes à charge, plan métiers ambitieux, soutien concret aux aidants.

Nous nous réjouissons de l’objectif de faire de l’accessibilité universelle une condition préalable à l’accès aux droits fondamentaux et de l’annonce d’une stratégie nationale de l’accessibilité 2026-2029 : terminaux de paiement accessibles , généralisation des télécommandes vocales, accessibilité des sites Internet, mise en conformité des démarches essentielles des étudiants (Parcoursup, CROUS).

Le renforcement de l’emploi accompagné est une excellente nouvelle mais son déploiement ne peut se faire sans les compétences spécifiques indispensables aux personnes déficientes visuelles (locomotion, accès aux logiciels professionnels).

Nous saluons également la concrétisation annoncée du portail de l’édition adaptée, l’aide aux bibliothèques pour permettre la lecture à tous, la promotion de l’audiodescription et d’une filière française des technologies d’assistance, notamment la création d’un pôle national de référence sur la déficience visuelle.

Mais au-delà des intentions affichées, nous serons attentifs au déploiement de véritables moyens pour l’accessibilité, la compensation et in fine les droits et la citoyenneté des personnes.

Une « société pleinement accessible, pensée dès le départ pour tous », chiche !