Transcription de la vidéo de Augustin

Que voyez-vous ? Augustin est malvoyant, mais quand il veille sur ses enfants, ça ne se voit pas.

Je m’appelle Augustin Deney, j’ai 27 ans. Je suis marié et père de deux garçons qui ont deux ans et demi et quatre mois. J’ai une rétinite pigmentaire qui a été déclenchée de façon génétique et je suis arrivée dans une famille où j’avais une grande soeur qui a douze ans de plus que moi et qui souffre de la même pathologie. Donc elle m’a pas mal montré la voie pendant toutes ces années, sur le fait d’avoir une scolarité dans un milieu classique et de réussir de grandes études. Ça m’a aidé à construire une très forte confiance en moi et j’ai réussi à passer des classes, à m’intégrer dans un milieu classique, à avoir des activités avec tout le monde… Ca m’a énormément aidé aussi à me préparer à être papa, parce que je savais encore une fois que j’avais un exemple très solide sur lequel je pouvais m’appuyer. J’ai eu le stress de tout nouveau parent, de savoir comment il va réussir à s’occuper de son enfant.

J’ai toujours des difficultés, notamment la nuit, parce que c’est beaucoup difficile d’utiliser la canne, et la poussette ensemble. Mais alors de plus en plus maintenant, mes enfants commencent à m’aider. Mon fils qui a deux ans et demi me tient la main et inconsciemment peut-être, c’est lui qui me guide. Et du coup on se débrouille très bien comme ça.

Une grosse situation de difficultés au quotidien, ça va être de traverser sans feux pour aider, parce qu’il y a énormément de véhicules qui ne font pas de bruit. Que ce soit des voitures électriques, des vélos. Et ça c’est très handicapant, parce qu’il n’y a que la vue qui peut me permettre de les détecter et là je suis en vrai difficultés là-dessus.

Le problème de vue est moins dérangeant dans le milieu professionnel que dans le milieu de tous les jours… J’ai une synthèse vocale et un logiciel d’agrandissement sur mon ordinateur et mon téléphone qui sont des bases qui me permettent d’être au même niveau d’interprétation des documents que tout le monde. Peut-être plus facilement avoir besoin des collègues et susciter certaines choses. Donc le handicap est paradoxalement quelque chose qui va m’aider à me rapprocher des autres et qui va plutôt me servir. Quand on est malvoyant, on est obligé à un moment ou un autre de s’appuyer sur quelqu’un, de donner toute sa confiance à quelqu’un.

Un chantier très important de la Fédération pour les années à venir, c’est pour moi un challenge culturel, à savoir réussir à changer le regard sur le handicap. Depuis un certain nombre d’années, on arrive à déclencher de la bienveillance sur la façon dont on regarde le handicap mais on maintient beaucoup de condescendance je trouve. C’est pas forcément par méchanceté que les gens n’ont pas la bonne attitude, c’est par manque d’habitude.. Moi j’aimerais qu’on arrive à voir que l’on peut totalement être intégré dans la société. Le message que je veux passer aux gens qui n’osent pas se lancer c’est, allez-y !

N’ayez pas peur, les seules barrières que vous aurez à surmonter c’est celles que vous, vous vous allez vous fixer…Et puis mon avenir, au niveau professionnel, c’est déjà d’arriver à me débrouiller avec deux enfants et pourquoi pas envisager un troisième, on verra….

De trouver un mode de vie qui me rendra heureux de façon générale.

Les aveugles et malvoyants ne manquent pas de volonté, ils manquent de moyens ! Aidons-les chacun à notre façon sur www.aveuglesdefrance.org.