Transcription de la vidéo de Ludovic

Que voyez-vous ? Ludovic est malvoyant, mais quand il étudie l’espace, ça ne se voit pas.

Je suis chercheur en astrophysique au sein du laboratoire du LERMA. J’ai perdu la vue à l’âge de 10 ans. J’ai une maladie génétique qui est la maladie de Leber, qui est une dégénérescence du nerf optique. Et depuis l’âge de 10 ans, j’ai dû apprendre les techniques comme le Braille pour compenser mon handicap et faire une scolarité, je dirais, normale. Et puis je suis parti faire ma quatrième jusqu’à ma terminale, à l’Institut National des Jeunes Aveugles à Paris, pour ensuite réussir mon intégration à l’Université où j’ai fait des études classiques pour un chercheur. Des chercheurs qui ont perdu la vue pendant leur activité mais qui ont fait des études en étant déficient visuel, je crois qu’en France que ça ne s’était pas vu. Et il fallait convaincre. Tous les ans on me disait la même chose, mais pourquoi tu fais ça ? De toute façon c’est pas accessible. Le plus gros du travail était déjà de rester motivé. Ensuite évidemment, il y avait les difficultés habituelles je dirais, que rencontrent tous les déficients visuels à s’insérer dans un milieu scolaire.

Comme tout étudiant déficient visuel, bien-sûr, je ne vois pas le tableau, je ne peux pas lire dans des livres. La plupart du temps c’est la formation qui n’est pas accessible, alors que bien souvent le métier que je fais : le métier de chercheur est parfaitement accessible. Mais les études pour y arriver, c’est un chemin de croix. Donc ma thématique de recherche porte sur la compréhension des phénomènes physiques à l’intérieur des planètes et des étoiles, ce qu’on appelle les champs magnétiques planétaires et les champs magnétiques stellaires également. Les voyants pensent avoir accès à énormément d’informations en levant la tête et en regardant les étoiles mais ils ont une vue très partielle et au contraire, ce qui fait rêver en astronomie, c’est le mystère. Il y a tout un effort, je dirais mental, une imagination qui s’accompagne de ces observations en astronomie.

Le combat à mener dans les années à venir est vraiment de réussir ce que l’on appelle, l’inclusion scolaire. Parce qu’actuellement ce que j’ai pu voir, cette inclusion, se fait un peu, je dirais, au forceps. Et qu’on s’en donne pas du tout les moyens. Quand je me suis lancé en astrophysique, je me suis toujours dit : ok peut-être que cette année ça ne marchera pas et puis je vais me réorienter vers autre chose. Mais dans tous les cas, ça restait une expérience, une expérience de vie, une expérience intéressante de se confronter au réel et finalement d’en sortir toujours grandi de cette expérience là.

Au pire, ça marche pas et on n’a pas de regrets. C’est dommage de vivre avec des regrets, alors pourquoi ne pas essayer ? Et puis si ça marche pas, on fait autre chose.

Les aveugle et malvoyants ne manquent pas de volonté. Ils manquent de moyens.

Aidons-les chacun à notre façon sur www.aveuglesdefrance.org.