Hommage aux aveugles dans la Résistance
En ce 8 mai, date historique marquant la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, la Fédération des Aveugles de France rend hommage aux aveugles résistants.
En 1917, la Fédération des Aveugles de France naissait en urgence pour venir en aide à plusieurs milliers de personnes ayant perdu la vue pendant la Première Guerre Mondiale.
Dans la continuité de l’Histoire, de nombreuses personnes aveugles ont pris part à la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale, s’engageant activement dans la lutte contre l’occupation.
Fidèle à son engagement pour la mémoire des mutilés de guerres, la Fédération des Aveugles de France a inauguré le 15 avril 2015, en présence de Ségolène Neuville, secrétaire d’État en charge des personnes handicapées, une plaque commémorative au 6 rue Gager-Gabillot (Paris 15e), rendant hommage aux aveugles de la Résistance.

C’est pourquoi, en ce 8 mai, la Fédération des Aveugles de France souhaite à la fois saluer la mémoire de ces personnes aveugles qui ont combattu dans les rangs de la Résistance, refusant de céder face à l’ennemi, et proposer un bref retour sur l’histoire de l’Union des Aveugles de la Résistance.
Création de l’Union des aveugles de la Résistance
L’Union des aveugles de la Résistance est fondée par Charles Davin, ancien combattant de la Première Guerre mondiale et résistant. Dès 1945, il cherche à réunir les aveugles ayant participé à la Résistance. Grâce à des appels radiophoniques, il entre en contact avec environ 160 personnes, ce qui permet la création de l’association en 1946. Avec le soutien d’Albert Aubry, homme politique et résistant français, et de plusieurs personnalités politiques, une loi est adoptée en 1948 pour créer le statut d’« aveugle de la Résistance ». Ce statut est très encadré et soumis à des critères médicaux stricts. En effet, pour bénéficier de
ce statut, il fallait subir un examen médical faisant apparaître une vue totale inférieure à un vingtième et être admis par une commission spécifique du ministère des Anciens combattants. Seules 123 personnes obtiennent officiellement cette reconnaissance.
Une diversité des profils
On constate une très grande diversité des situations socio-professionnelles représentées parmi les adhérents. On trouvent des universitaires, un duc, mais aussi des gens plus humbles comme des vendeurs de billets de la loterie nationale, des kinésithérapeutes, des accordeurs de pianos et des petits artisans. Toutes les sensibilités politiques étaient représentées, de l’extrême droite jusqu’à l’extrême gauche, ainsi que les principales confessions religieuses. Comme dans les autres organisations de Résistance, certains s’engagèrent dès 1940, d’autres les années suivantes. Ainsi, il est possible de dire que l’Union des aveugles de la Résistance constituait un microcosme social, reflet même de la diversité sociale que fut la Résistance française dans son ensemble.
Actions sociales et solidarité
L’Union met en place plusieurs actions d’aide :
- création d’un foyer à Paris pour accueillir les membres et leurs familles
- caisse de secours et prêts d’honneur
- aide à l’achat de prothèses
- soutien financier aux veuves
Ces actions visent à améliorer les conditions de vie des membres et de leurs proches.
Mémoire de la Résistance et témoignages
L’association s’engage également dans la transmission de la mémoire. Elle publie un bulletin intitulé La bataille des ombres et édite des recueils de témoignages.
Ces publications décrivent les activités de résistance : partout sur le territoire national, ils ont caché des armes, joué le rôle de passeurs, utilisé leurs connaissances de téléphonistes pour faire fonctionner les postes récepteurs et transmetteurs, se sont spécialisés dans la réalisation de faux-papiers ou ont inventé des stratagèmes pour assurer la distribution de tracts. Ces actions ont souvent exposé les membres à de graves dangers.
Plusieurs résistants ont été arrêtés, déportés ou exécutés, témoignant de la violence de la répression.
Louis Finet : un aveugle Compagnon de la Libération
Louis Finet illustre particulièrement cet engagement. Aveuglé durant la Première Guerre mondiale, il rejoint la Résistance après 1940 et répond immédiatement à l’appel du général de Gaulle.
Il devient agent de renseignement pour un réseau lié au BCRA et organise des missions de liaison et de transmission d’informations stratégiques.
Sa maison sert de centre d’activité pour le réseau. En 1944, lors d’une opération de la Gestapo, il parvient à sauver des documents essentiels avant de se cacher avec sa famille jusqu’à la Libération de Chambéry.
Il est ensuite reconnu Compagnon de la Libération par décret du général de Gaulle en 1945 et poursuit son engagement associatif après la guerre.

Sources :
- Fondation de la Résistance : LA LETTRE de la Fondation de la Résistance numéro 30
- Handicap.fr : Hommage aux résistants aveugles