Photo de la plaque commémorative dédiée aux aveugles de la résistance. À côté, un kakemono aux couleurs de la Fédération des Aveugles de France est affiché.

Hommage aux aveugles dans la Résistance

En ce 8 mai, date historique marquant la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, la Fédération des Aveugles de France rend hommage aux aveugles résistants.

En 1917, la Fédération des Aveugles de France naissait en urgence pour venir en aide à plusieurs milliers de personnes ayant perdu la vue pendant la Première Guerre Mondiale.

Dans la continuité de l’Histoire, de nombreuses personnes aveugles ont pris part à la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale, s’engageant activement dans la lutte contre l’occupation.

Fidèle à son engagement pour la mémoire des mutilés de guerres, la Fédération des Aveugles de France a inauguré le 15 avril 2015, en présence de Ségolène Neuville, secrétaire d’État en charge des personnes handicapées, une plaque commémorative au 6 rue Gager-Gabillot (Paris 15e), rendant hommage aux aveugles de la Résistance.

Photo de la plaque commémorative dédiée aux aveugles de la résistance. À côté, un kakemono aux couleurs de la Fédération des Aveugles de France est affiché.

C’est pourquoi, en ce 8 mai, la Fédération des Aveugles de France souhaite à la fois saluer la mémoire de ces personnes aveugles qui ont combattu dans les rangs de la Résistance, refusant de céder face à l’ennemi, et proposer un bref retour sur l’histoire de l’Union des Aveugles de la Résistance.

Création de l’Union des aveugles de la Résistance

L’Union des aveugles de la Résistance est fondée par Charles Davin, ancien combattant de la Première Guerre mondiale et résistant. Dès 1945, il cherche à réunir les aveugles ayant participé à la Résistance. Grâce à des appels radiophoniques, il entre en contact avec environ 160 personnes, ce qui permet la création de l’association en 1946. Avec le soutien d’Albert Aubry, homme politique et résistant français, et de plusieurs personnalités politiques, une loi est adoptée en 1948 pour créer le statut d’« aveugle de la Résistance ». Ce statut est très encadré et soumis à des critères médicaux stricts. En effet, pour bénéficier de
ce statut, il fallait subir un examen médical faisant apparaître une vue totale inférieure à un vingtième et être admis par une commission spécifique du ministère des Anciens combattants. Seules 123 personnes obtiennent officiellement cette reconnaissance.

Une diversité des profils

On constate une très grande diversité des situations socio-professionnelles représentées parmi les adhérents. On trouvent des universitaires, un duc, mais aussi des gens plus humbles comme des vendeurs de billets de la loterie nationale, des kinésithérapeutes, des accordeurs de pianos et des petits artisans. Toutes les sensibilités politiques étaient représentées, de l’extrême droite jusqu’à l’extrême gauche, ainsi que les principales confessions religieuses. Comme dans les autres organisations de Résistance, certains s’engagèrent dès 1940, d’autres les années suivantes. Ainsi, il est possible de dire que l’Union des aveugles de la Résistance constituait un microcosme social, reflet même de la diversité sociale que fut la Résistance française dans son ensemble.

Actions sociales et solidarité

L’Union met en place plusieurs actions d’aide :

  • création d’un foyer à Paris pour accueillir les membres et leurs familles
  • caisse de secours et prêts d’honneur
  • aide à l’achat de prothèses
  • soutien financier aux veuves

Ces actions visent à améliorer les conditions de vie des membres et de leurs proches.

Mémoire de la Résistance et témoignages

L’association s’engage également dans la transmission de la mémoire. Elle publie un bulletin intitulé La bataille des ombres et édite des recueils de témoignages.

Ces publications décrivent les activités de résistance : partout sur le territoire national, ils ont caché des armes, joué le rôle de passeurs, utilisé leurs connaissances de téléphonistes pour faire fonctionner les postes récepteurs et transmetteurs, se sont spécialisés dans la réalisation de faux-papiers ou ont inventé des stratagèmes pour assurer la distribution de tracts. Ces actions ont souvent exposé les membres à de graves dangers.

Plusieurs résistants ont été arrêtés, déportés ou exécutés, témoignant de la violence de la répression.

Louis Finet : un aveugle Compagnon de la Libération

Louis Finet illustre particulièrement cet engagement. Aveuglé durant la Première Guerre mondiale, il rejoint la Résistance après 1940 et répond immédiatement à l’appel du général de Gaulle.

Il devient agent de renseignement pour un réseau lié au BCRA et organise des missions de liaison et de transmission d’informations stratégiques.

Sa maison sert de centre d’activité pour le réseau. En 1944, lors d’une opération de la Gestapo, il parvient à sauver des documents essentiels avant de se cacher avec sa famille jusqu’à la Libération de Chambéry.

Il est ensuite reconnu Compagnon de la Libération par décret du général de Gaulle en 1945 et poursuit son engagement associatif après la guerre.

Pour en savoir plus sur Louis Finet.

Photo portrait de Louis Finet

Sources :

Visuel ALL INCLUSIVE. 15 octobre 2026. Journée d'étude 9h-16h à l'ENSSIB (Villeurbanne). Logo de la Fédération des Aveugles de France et de l'ENSSIB. Photo de l'édition précédente, où 4 personnes sont assises pour donner une conférence. Une personne en arrière traduit en langue des signes.

Edition 2026 : ALL INCLUSIVE : l’Accès au Livre et à la Lecture inclusive

Après le succès des édition 2023, 2024 et 2025, la Fédération des Aveugles et Amblyopes de France et l’Enssib organisent une journée dédiée à l’Accès au Livre et à la Lecture inclusive le 15 octobre 2026.

La journée « ALL INCLUSIVE : Accès au Livre et à la Lecture inclusive » est un grand rendez-vous commun qui vise à rassembler l’ensemble des professionnels du secteur du livre et de la lecture, des sciences de l’information, des bibliothèques et de l’accessibilité. Des conférences autour de l’accès physique et numérique à la lecture pour les publics empêchés seront organisées le matin et des ateliers ainsi qu’un salon du livre adapté se tiendront l’après-midi, avec de nombreux interlocuteurs : éditeurs, associations, professionnels des bibliothèques et des librairies.

Informations & Inscription

Ouvert à tous sur inscription gratuite via le formulaire d’inscription de l’Enssib.

Événement organisé en présentiel à l’ENSSIB de 9h00 à 16h00 (17 Bd du 11 Novembre 1918, 69100 Villeurbanne).

Journée suivie par un interprète en langue des signes et organisée avec une transcription à distance.

Pour toute demande de renseignements complémentaires, contactez la Fédération des Aveugles de France en adressant un mail au Pôle Accessibilité et Usages Numériques

Le programme

À venir

Se déplacer ne doit pas être un danger

À l’occasion de la Journée mondiale des mobilités et de l’accessibilité, la Fédération des Aveugles de France et l’association territoriale la FAAF Gard Lozère ont organisé une mobilisation citoyenne à Nîmes le 30 avril 2026, afin de rappeler l’impérieuse nécessité de déplacements accessibles et en toute sécurité pour les personnes aveugles et malvoyantes.

Loin d’être une revendication catégorielle, l’accessibilité et la sécurité des déplacements bénéficiaient à l’ensemble de la population et, rappelons-le, la liberté de déplacement était un droit que chacun devait pouvoir exercer sans entraves.

Cette action s’est déroulée de 9h30 à 11h30, avec un départ prévu au 42 boulevard Jean Jaurès, en direction de l’Hôtel de Ville. Tout au long du parcours, des prises de parole ont ponctué la manifestation.

Une mobilisation pour une ville accessible à toutes et tous

À travers cette initiative, les organisateurs ont souhaité alerter sur les difficultés et dangers rencontrés quotidiennement par les personnes aveugles et malvoyantes : pistes cyclables mal sécurisées, obstacles sur la voie publique, arrêts de bus inadaptés, ou encore aménagements insuffisants comme par exemple : manque de bandes d’éveil à la vigilance (BEV), feux sonores inaudibles ou inexistants, largeur de trottoirs non conforme, panneaux mal placés et non conformes.

Bruno Gendron, président de la Fédération des Aveugles de France, a rappelé :

« La citoyenneté ne peut être pleine et entière sans la liberté de se déplacer. Aujourd’hui encore, les personnes aveugles et malvoyantes sont confrontées à des obstacles qui mettent leur sécurité en danger. Il est urgent de repenser l’espace public pour qu’il soit réellement accessible à toutes et tous. »

Cette manifestation, conçue pour être visible par tous, a été imaginée avec des « Hommes Bulles » et deux messages forts pour interpeller tous les usagers :

  • Nous, personnes aveugles et malvoyantes, piétons également
  • Nous voulons pouvoir circuler en toute sécurité et sans danger

Frédéric Barety, président de la FAF Gard Lozère et vice-président de la Fédération des Aveugles de France a souligné :

« À Nîmes comme ailleurs, nous constatons chaque jour des situations à risque pour les personnes déficientes visuelles. Cette mobilisation est un appel à une prise de conscience collective mais aussi à des actions concrètes pour sécuriser les déplacements de tous. »

Les organisateurs appellent les citoyens, les usagers de la ville et les acteurs publics à se mobiliser pour faire évoluer les pratiques et construire une ville réellement inclusive, parce que se déplacer librement est un droit pour toutes et tous.

Dans les médias

La manifestation en images

Journée internationale des travailleurs. En ce 1er mai, quel état des lieux en matière d’insertion professionnelle ?

1er mai : le difficile accès à l’emploi pour les personnes handicapées

À l’occasion du 1er mai, Bruno Gendron, président de la Fédération des Aveugles de France dresse un constat préoccupant : l’accès à l’emploi des personnes handicapées demeure fortement inégal. Malgré les dispositifs existants, les obstacles et discriminations persistent.

En ce 1er mai, journée internationale des travailleurs, quel état des lieux dressez-vous en matière d’insertion professionnelle ?

La situation des personnes handicapées par rapport à l’emploi ne s’améliore guère : 12% d’entre elles sont au chômage, contre 7% de la population générale et près de 7 personnes déficientes visuelles sur 10 sont privées d’activité professionnelle.

En dépit d’un arsenal juridique conséquent et des politiques menées depuis 1987, les discriminations à l’encontre des personnes handicapées persistent : 27% des réclamations pour discrimination déposées auprès du Défenseur des Droits en 2025 l’étaient au motif d’une situation de handicap. Le handicap (et l’état de santé pour 10% des réclamations) constitue ainsi le premier motif de discrimination pour la 9ème année consécutive. Ces discriminations sont nourries par des préjugés tenaces sur les incapacités présumées des personnes handicapées, notamment des personnes handicapées visuelles, particulièrement écartées, comme l’a démontré l’an dernier le baromètre de l’Agefiph réalisé auprès des employeurs et des salariés.

Quels sont les autres freins que vous identifiez ?

L’accès à la formation initiale, mais aussi continue, et au monde du travail, reste semé d’embûches : inaccessibilité de l’environnement bâti et des transports (ou absence de moyens de transport) pour se rendre sur les lieux de stages ou de travail, inaccessibilité numérique, insuffisance de l’accompagnement des personnes vers et dans l’emploi, complexité des démarches… Tout concourt à un éloignement croissant des personnes déficientes visuelles de l’activité professionnelle.

Quelles sont les propositions de la Fédération ?

Pour la Fédération, l’accès à un emploi est l’une des manifestations majeures de l’accès à la citoyenneté et à l’inclusion. La participation par l’emploi, à la vie économique du pays nous paraît essentielle. Nous demandons une accessibilité universelle des environnements de travail : cadre bâti, accès aux transports mais aussi extension de l’obligation d’accessibilité numérique aux logiciels professionnels et outils bureautiques, dans le secteur privé comme dans le secteur public. Cette extension doit être assortie de moyens de contrôle effectifs. Il est également indispensable de renforcer l’accompagnement des personnes déficientes visuelles vers et dans l’emploi, dans le cadre du dispositif d’emploi accompagné mais aussi des stages et des périodes d’alternance, lesquels constituent un tremplin efficace vers l’emploi si les aménagements de poste sont rapides et ajustés aux besoins. Les personnes concernées comme les employeurs peuvent compter sur l’expertise des associations membres du réseau de la Fédération pour les appuyer dans le parcours vers et dans l’emploi et ouvrir le champ des possibles. Pour inspiration, nous vous invitons à visionner le témoignage d’Augustin.

Photo de mains utilisant un ordinateur braille. Un smartphone est à droite des mains.

Numérique : le livre accessible existe. La bibliothèque, non.

En France, moins de 1 % des bibliothèques et médiathèques publiques respectent l’ensemble de leurs obligations légales en matière d’accessibilité numérique. 780 établissements sur 1 001 n’ont strictement rien publié. Pourtant, les livres numériques accessibles existent — désormais, les éditeurs en produisent. Ce qui manque, ce n’est plus le contenu : c’est la volonté politique d’ouvrir les portes. Et pour des millions de personnes, ces portes fermées signifient l’exclusion — de la lecture, de la scolarité, de l’emploi, de la culture.

Lire autrement : 10 % de la population concernée

Ce 23 avril 2026, on célèbre le livre. Mais quel accès au livre, et pour qui ?

En France, près de 1,7 million de personnes sont atteintes d’une déficience visuelle[1]. Plus largement, on estime à 10 % de la population la part des personnes empêchées de lire sous forme imprimée standard – qu’il s’agisse de cécité, de malvoyance, de troubles « dys », de handicaps moteurs ou cognitifs. Pour toutes ces personnes, le livre imprimé ordinaire – caractères fixés sur papier, impossibles à agrandir, impossibles à lire autrement qu’avec les yeux – reste une impasse.

Comment ces lecteurs accèdent-ils alors au livre ? La réponse est diverse, et ne se réduit pas au numérique. Le livre audio – enregistré par des voix humaines ou produit par synthèse vocale – reste le format le plus largement utilisé, y compris dans des formats spécifiques comme le DAISY (Digital Accessible Information System), conçu pour permettre une navigation structurée dans le texte. Le braille, système d’écriture tactile en points saillants inventé par Louis Braille en 1825, reste irremplaçable pour l’accès autonome à l’écrit – même si seules environ 10 à 15 % des personnes aveugles le pratiquent couramment[2]. Le gros caractères (ou « grands caractères »), enfin, répond aux besoins d’une part importante des personnes malvoyantes. À ces formats s’ajoute le recours à des aides optiques (loupes, téléagrandisseurs) ou à la lecture par un tiers.

Ces usages restent aujourd’hui majoritaires. La bibliothèque Éole de l’Association Valentin Haüy, plus grande productrice française de livres adaptés, propose ainsi plus de 75 000 titres en audio DAISY et plus de 20 000 titres en braille numérique[3]. Mais seulement 8 % des livres publiés en France font l’objet d’une adaptation[4]. Pour la plupart des personnes empêchées de lire, comme pour la population générale d’ailleurs, le numérique ne constitue pas encore la part principale des usages de lecture.

Une partie de ce public s’empare cependant progressivement d’une offre numérique en pleine expansion. Un même fichier, au format ePub (le standard ouvert du livre numérique, équivalent du MP3 pour le son), peut être lu de multiples façons : affiché en gros caractères, lu à voix haute par une voix synthétique, ou restitué en braille sur un afficheur braille (un appareil connecté à l’ordinateur ou au téléphone, dont la surface fait apparaître des points braille sous les doigts du lecteur)[5]. Quand un éditeur produit un livre numérique conçu pour fonctionner dès le départ avec ces technologies, on parle de livre « nativement accessible » – par opposition aux adaptations réalisées après coup par des organismes spécialisés.

En 2026, ces livres nativement accessibles existent. Les éditeurs se sont organisés pour les produire. La promesse est en train de se concrétiser.

Mais nos chiffres disent autre chose : les portes restent fermées.

Sur 1 001 bibliothèques et médiathèques observées par notre observatoire, seules 10 présentent l’ensemble des éléments requis par la loi en matière d’accessibilité numérique. Moins de 1 %. Les autres – 991 établissements – sont en infraction. Et 780 d’entre eux n’ont strictement rien publié : pas de mention, pas de déclaration, pas de schéma. Rien. Comme si la question n’avait jamais été posée.

Concrètement, ça veut dire quoi ?

Imaginez que vous cherchez à emprunter un livre numérique dans votre médiathèque. Vous êtes aveugle, et vous utilisez un lecteur d’écran – ce logiciel qui, via une voix synthétique, vous lit à voix haute ce qui s’affiche à l’écran, et grâce auquel vous naviguez de lien en lien, de bouton en bouton, au clavier ou au toucher.

Dans une étude que nous avons conduite pour le ministère de la Culture sur trois portails de prêt de livres numériques[6], voici ce que nous avons constaté :

  • 73 % des testeurs déficients visuels n’ont pas pu emprunter de manière autonome.
  • Il a fallu en moyenne 36 minutes pour ceux qui y sont parvenus – contre 10 à 20 minutes pour les testeurs sans déficience visuelle.
  • Des boutons sans texte (que le lecteur d’écran ne peut pas nommer), des formulaires mal étiquetés, des interfaces incompatibles avec les technologies d’assistance ont bloqué les utilisateurs à chaque étape.

Pour une personne déficiente visuelle, un portail de bibliothèque non accessible, c’est : ne pas pouvoir emprunter un titre disponible, devoir appeler la médiathèque ou demander de l’aide à un tiers pour faire ce que n’importe quel autre usager fait seul, et être exclu, de fait, d’un service public financé par tous.

Et voici le point essentiel : même si un livre numérique est produit dans un format accessible, il reste inaccessible si la plateforme qui permet de l’emprunter ne l’est pas. La boîte à trésors est là. Mais le couvercle reste bloqué.

Ce que disent nos chiffres

Dans notre observatoire, nous contrôlons trois obligations légales : l’affichage d’une mention d’accessibilité sur le site, la publication d’une déclaration d’accessibilité conforme et actualisée, et la mise à disposition d’un schéma pluriannuel de mise en accessibilité (une feuille de route sur plusieurs années). Voici où en sont les bibliothèques :

  • 11,5 % affichent une mention d’accessibilité.
  • 21,1 % ont publié une déclaration d’accessibilité.
  • Mais seulement 6,8 % ont une déclaration valide – soit à peine un tiers des déclarations publiées.
  • 2,3 % ont publié un schéma pluriannuel.
  • 77,9 % n’ont strictement aucun document d’accessibilité en ligne.

Ces obligations ne sont pourtant pas nouvelles. Elles découlent de l’article 47 de la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances[7]. Dès sa première version, le décret et l’arrêté parus en 2009 fixaient à mai 2012 la date limite de mise en accessibilité des services publics numériques. Cela fait 14 ans. La méthode d’évaluation applicable est le RGAA 4.1.2, déclinaison nationale et méthode applicative de la norme européenne EN 301 549, profondément actualisée par les décrets et l’arrêté de 2019. Présenter ces obligations comme récentes serait une erreur de chronologie : c’est une obligation ancienne, régulièrement renforcée, et massivement ignorée.

780 établissements où la question n’a jamais été posée

On s’arrête souvent sur les cas les plus visibles : les bibliothèques qui ont posé un geste, publié une déclaration, signalé leur non-conformité – même si elles ne bougent plus depuis des années. Au moins ont-elles l’honnêteté de dire où elles en sont.

Mais il y a une majorité silencieuse : 780 établissements sur 1 001, soit près de 78 % du secteur, n’ont rien publié du tout. Ce silence a une signification précise : aucun audit n’a été conduit, aucun plan n’a été établi, et aucun usager en situation de handicap n’a pu savoir à quoi s’en tenir depuis ces plateformes.

La responsabilité ne repose pas sur les équipes de bibliothécaires. La plupart du temps, la question de l’accessibilité numérique n’est tout simplement pas un sujet : ni pour les élus qui décident des priorités et des budgets, ni pour les directions des systèmes d’information (DSI) qui portent les projets numériques, ni pour les services de communication qui contrôlent souvent les sites. C’est un problème de gouvernance, pas de bonne volonté individuelle. Mais c’est aussi un problème politique : l’accessibilité numérique ne coûte pas de voix, ne génère pas de couverture médiatique, et ne concerne pas – croit-on – assez d’électeurs pour justifier un arbitrage budgétaire. On se trompe, mais c’est le raisonnement qui prévaut.

La non-conformité déclarée, même ancienne, témoigne au moins d’une conscience du problème. Le silence absolu témoigne d’une absence totale de prise en compte. C’est la forme la plus massive et la moins visible de la défaillance.

Des non-conformités qui s’installent dans la durée

Parmi les bibliothèques qui ont au moins publié une déclaration, la durée moyenne de non-conformité non résolue est de 1 an et 10 mois (675 jours). Certaines situations sont particulièrement préoccupantes :

  • Les médiathèques d’Asnières-sur-Seine : non conformes depuis 4 ans et 11 mois,
  • La médiathèque départementale de Seine-et-Marne : depuis 3 ans et 11 mois,
  • La médiathèque départementale du Var : depuis 3 ans et 10 mois,
  • La bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France : depuis 3 ans et 4 mois.

Ce ne sont pas des périodes de transition. Ce sont des états durables.

Le cas Gallica : la bibliothèque numérique de référence, non conforme depuis plus de trois ans

Le cas de Gallica mérite qu’on s’y arrête. Gallica, c’est la bibliothèque numérique de référence nationale : des millions de documents accessibles en ligne, un patrimoine éditorial considérable, un symbole de la politique culturelle française.

Or, le dernier audit de conformité de Gallica date du 8 décembre 2022. Il révèle un taux de conformité de 39,69 % au RGAA 4.1[8]. Le site est déclaré « non conforme ». Et depuis ? Rien. Plus de trois ans sans mise à jour de cette déclaration, alors même que le RGAA impose une actualisation triennale – ce qui signifie qu’à la date de publication de cet article, la déclaration elle-même est devenue caduque.

Plus révélateur encore : la déclaration d’accessibilité de Gallica indique aujourd’hui encore que la BnF est « en train de mettre en place son schéma pluriannuel ». La même formulation qu’il y a trois ans. Gallica est la vitrine numérique du patrimoine français. Qu’elle reste non conforme pendant plus de trois ans, sans plan de correction visible, est un signal préoccupant pour l’ensemble du secteur des bibliothèques. Si même l’institution nationale de référence ne s’y met pas, avec tous les moyens dont elle dispose… quel message cela envoie-t-il aux collectivités territoriales ?

Une offre accessible qui n’a jamais été aussi riche

Face à ces constats, il serait tentant de croire que le problème vient du livre lui-même, qu’il n’y aurait pas assez de livres accessibles et qu’il ne faudrait donc pas investir sur l’accessibilité des portails de prêt. Mais c’est le contraire. En 2026, l’offre n’a jamais été aussi riche – et les avancées juridiques et éditoriales de ces dernières années le démontrent.

L’Acte européen d’accessibilité (directive 2019/882), entré en application le 28 juin 2025[9], impose que les livres numériques eux-mêmes, les applications de lecture et les plateformes de vente soient accessibles. C’est une offre complémentaire aux formats adaptés produits en parallèle, pour un public spécialisé, dans des circuits séparés.

Du côté des éditeurs, le mouvement est bien engagé. Lors du Festival du Livre de Paris des 17, 18 et 19 avril dernier, le Syndicat national de l’édition (SNE) a rappelé que la profession s’était en grande partie organisée pour produire nativement accessible l’ensemble des nouveaux titres depuis l’entrée en vigueur de la directive. Après des années de promesses, la chaîne de production est en train de changer de modèle. Ce n’est pas rien.

Le livre accessible est donc là. L’obstacle n’est plus le contenu. L’obstacle, c’est l’institution publique censée en permettre l’accès.

Quand la porte légale est fermée, les gens vont ailleurs

L’inaccessibilité des portails de bibliothèques publiques a des conséquences concrètes sur les comportements.

La première réponse, historique, est le recours aux bibliothèques spécialisées qui depuis quelques années bénéficient du Traité de Marrakech, adopté en 2013 sous l’égide de l’OMPI et ratifié par la France[10]. En instaurant une exception obligatoire au droit d’auteur pour la production et l’échange transfrontalier d’œuvres en formats accessibles, il a levé un obstacle juridique majeur. Des organismes comme la bibliothèque Éole de l’Association Valentin Haüy, les Donneurs de Voix ou l’apiDV peuvent, grâce à lui, proposer des ressources adaptées à leurs utilisateurs, en coopérant avec d’autres acteurs francophones. C’est une évolution considérable, qui ne doit pas être minimisée.

Au niveau international, il faut également souligner le rôle du Service mondial d’échange de livres de l’ABC (Accessible Books Consortium), lancé en 2014 sous l’égide, là aussi, de l’OMPI pour mettre en œuvre concrètement les objectifs du Traité de Marrakech[11]. Sa plateforme en ligne permet aux bibliothèques spécialisées participantes – dites « entités autorisées » – de rechercher, commander et échanger des livres en formats accessibles par-delà les frontières nationales, sans autorisation supplémentaire des titulaires de droits. Son catalogue dépasse aujourd’hui le million de titres en plus de 80 langues. En 2021, l’ABC a lancé une application permettant aux personnes déficientes visuelles d’accéder directement à ce catalogue depuis leurs appareils habituels. C’est un mouvement inédit à l’échelle mondiale, et il mérite d’être largement salué et mieux connu.

On l’a vu, les bibliothèques spécialisées jouent un rôle important, mais leur capacité de production reste structurellement limitée. Elles ne peuvent pas couvrir l’ensemble de la production éditoriale, ni se substituer à des bibliothèques publiques de proximité.

La seconde réponse, silencieuse et préoccupante, est le recours croissant à des plateformes de téléchargement illégal comme Z-Library. Le phénomène est documenté : selon une enquête publiée dans la revue Science[12], relayée notamment dans l’article Wikipédia consacré aux bibliothèques clandestines[13], 50 % des utilisateurs de ces « bibliothèques fantômes » y ont recours avant tout par manque d’accès à l’offre légale – barrages tarifaires, mécanismes institutionnels complexes, catalogue insuffisant.

Pour les personnes déficientes visuelles, ces raisons se doublent d’une dimension d’accessibilité au sens technique du terme : un fichier ePub téléchargé depuis ces plateformes est immédiatement lisible[14] par un lecteur d’écran ou un afficheur braille, sans DRM (Digital Rights Management – mesures techniques de protection) complexe, sans étapes d’installation, sans interface inaccessibles. C’est, pour ces utilisateurs, la façon la plus simple, la plus rapide et la plus efficace d’accéder à un réservoir considérable de titres, de façon compatible avec leurs aides techniques – dont les offres légales les excluent pourtant.

Ce n’est évidemment pas une position que notre Fédération cautionne. C’est une réalité que nous ne pouvons pas ignorer, et dont la responsabilité incombe en partie à ceux qui maintiennent l’inaccessibilité des offres légales, notamment au prêt.

Ce qui est en jeu : bien plus que la lecture de loisir

Pendant longtemps, la question de l’accès au livre pour les personnes déficientes visuelles se heurtait à un obstacle matériel : le livre était une chose de papier, imprimée, non reformatable, non vocalisable. L’obstacle était le support lui-même. En 2026, cet obstacle n’existe plus. Ce qui empêche d’accéder au livre dans sa forme numérique, c’est l’incurie des institutions publiques chargées d’en permettre l’accès.

Et ne pas accéder au livre en 2026, quand l’offre existe, ce n’est pas une contrariété mineure. C’est une exclusion qui touche des domaines fondamentaux : le parcours scolaire – manuels, lectures imposées, préparation aux examens ; l’enseignement supérieur et la formation professionnelle ; l’emploi, le maintien dans l’emploi, la reconversion ; la seconde chance, pour ceux qui reprennent des études à l’âge adulte ; et la vie quotidienne tout simplement – romans, guides de santé, livres pratiques, essais. Sauf exceptions, une bonne partie de l’offre éditoriale ordinaire existe désormais en formats accessibles. Elle reste inaccessible faute d’interfaces adéquates.

La différence entre hier et aujourd’hui est fondamentale : hier, l’exclusion était due à l’objet livre lui-même, puis à l’état de la technologie. Aujourd’hui, elle est due à l’état de la volonté politique – ou plutôt à son absence. Ce n’est plus un problème technique. C’est un choix. Ou un défaut de choix.

Le portail national de l’édition accessible et adaptée : une opportunité à ne pas manquer

Acté lors du Comité interministériel du handicap du 6 octobre 2022, le portail national de l’édition accessible et adaptée est confié à la BnF pour sa réalisation et à l’Institut national des jeunes aveugles (INJA) pour la structuration de la filière de l’édition adaptée[15]. Le projet est sur les rails : des réunions de concertation ont lieu régulièrement, et la ministre déléguée chargée de l’Autonomie et des Personnes handicapées indiquait encore le 18 mars dernier que le projet avançait. Mais les arbitrages tardent à venir. L’appel d’offres pour la réalisation technique n’a pas encore été publié. Et on ne sait pas, en réalité, ce que ce portail fera finalement, ni exactement quand.

Ce que l’on sait, c’est qu’il devrait au minimum constituer un catalogue national permettant de repérer, en un même endroit, les titres nativement accessibles disponibles dans le commerce et ceux qui ont fait l’objet d’une adaptation hors commerce par les organismes relevant de l’exception handicap au droit d’auteur. Pour l’édition adaptée, un téléchargement direct serait possible si l’organisme adaptateur a donné son accord.

Mais la vraie question, celle qui déterminera si ce portail change réellement la vie des lecteurs empêchés, est celle de l’accès effectif à l’offre nativement accessible. Aujourd’hui, un livre numérique accessible peut être emprunté dans les bibliothèques publiques grâce au dispositif PNB (Prêt Numérique en Bibliothèque)[16] – un système interprofessionnel qui relie éditeurs, libraires et bibliothèques pour le prêt de livres numériques. Mais nos chiffres le montrent : avec 78 % des portails de bibliothèques totalement dépourvus de toute démarche d’accessibilité, les lecteurs déficients visuels ne sont pas près d’accéder par ces canaux au livre nativement accessible.

C’est là que réside l’opportunité du portail national. Si celui-ci parvient à intégrer, en plus du catalogue, un mécanisme de prêt comparable au PNB – permettant aux personnes empêchées de lire d’accéder directement, depuis un portail accessible, à l’offre numérique nativement accessible –, il changera la donne. Pour la première fois, édition adaptée et édition nativement accessible coexisteraient dans un même espace, avec une porte d’entrée unique, conçue pour être accessible. C’est un enjeu décisif, et c’est maintenant que se joue la décision.

Savoir qu’un livre est accessible ne suffit pas. Pouvoir y accéder reste une autre question. Le portail national a l’occasion d’y répondre – à condition d’en avoir l’ambition.

Ce qui doit changer

Nos données seront mises à jour régulièrement. La mobilisation est possible : nous le savons, parce que quelques établissements ont fait le travail, et leurs exemples montrent que c’est faisable.

Mais il faut cesser de traiter l’accessibilité numérique comme un sujet technique réservé aux spécialistes. C’est un sujet de droit. C’est un sujet d’égalité. Et c’est, pour des centaines de milliers de personnes, une condition d’accès à la culture, à l’éducation et à l’emploi.

Le 23 avril, on célèbre le livre. Nous demandons simplement qu’on célèbre aussi le droit d’y accéder.

Données issues de l’Observatoire du respect des obligations en matière d’accessibilité numérique de la Fédération des Aveugles et Amblyopes de France, au 20 avril 2026. Périmètre : 1 001 entités, secteur « Bibliothèques et médiathèques ».


Références

[1] Fédération des Aveugles et Amblyopes de France, « Quelques chiffres sur la déficience visuelle ». – https://aveuglesdefrance.org/quelques-chiffres-sur-la-deficience-visuelle/

[2] AFP/Handicap.fr, « Seulement 10 % à 15 % des aveugles lisent le braille » (2009) et Handicap.fr, « Seuls 15 % des aveugles lisent le braille : urgence ! » (2018). – https://informations.handicap.fr/a-journee-mondiale-braille-10459.php

[3] Association Valentin Haüy, « Lire des livres audio ou des livres en braille » ; Éole, site de la Médiathèque Valentin Haüy (75 000 titres audio, 20 000 titres braille numérique). – https://eole.avh.asso.fr/

[4] Association Valentin Haüy : « seulement 8 % des livres sont adaptés ». – https://www.avh.asso.fr/nos-solutions/lire-des-livres-audio-ou-des-livres-en-braille

[5] Association Valentin Haüy, « Comment les personnes déficientes visuelles utilisent l’informatique ? ». – https://www.avh.asso.fr/fr/favoriser-laccessibilite/accessibilite-numerique/comment-les-personnes-deficientes-visuelles

[6] Étude commandée par le ministère de la Culture (DGMIC), comité de pilotage LINA25, décembre 2024.

[7] Loi n° 2005-102 du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, article 47. – https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000037388867

[8] Déclaration d’accessibilité de Gallica (BnF), consultée le 20 avril 2026. – https://gallica.bnf.fr/accueil/fr/html/accessibilite

[9] Directive (UE) 2019/882 du 17 avril 2019 relative aux exigences en matière d’accessibilité applicables aux produits et services (Acte européen d’accessibilité).

[10] Traité de Marrakech visant à faciliter l’accès des aveugles, des déficients visuels et des personnes ayant d’autres difficultés de lecture des textes imprimés aux œuvres publiées, OMPI, 2013. – https://www.wipo.int/treaties/fr/ip/marrakesh/

[11] Accessible Books Consortium (ABC), Service mondial d’échange de livres. – https://www.accessiblebooksconsortium.org/fr/

[12] J. Bohannon, « Who’s downloading pirated papers? Everyone », Science, 2016. – https://www.science.org/content/article/whos-downloading-pirated-papers-everyone

[13] Wikipédia, « Bibliothèque clandestine ». – https://fr.wikipedia.org/wiki/Biblioth%C3%A8que_clandestine

[14] APDEN, « Lire autrement pour apprendre ». – https://www.apden.org/Lire-autrement-pour-apprendre.html

[15] Ministère de la Culture, « L’accès aux livres pour les personnes en situation de handicap ». – https://www.culture.gouv.fr/thematiques/livre-et-lecture/le-livre-et-la-lecture-en-france2/accessibilite-du-livre-et-de-la-lecture2/l-acces-aux-livres-pour-les-personnes-en-situation-de-handicap

[16] Prêt Numérique en Bibliothèque (PNB), dispositif interprofessionnel piloté par Dilicom. – https://www.dilicom.net/informations/pnb-pret-numerique-en-bibliotheque

Photo d'une action d'un match de cécifoot dans lequel on voit 3 joueurs. Celui au centre est en possession du ballon et porte un maillot vert. A gauche et à droite, deux joueurs avec un maillot bleu, un homme et une femme, tentent de lui prendre le ballon.

Découvrez le cécifoot : sport inclusif pour les personnes malvoyantes et aveugles

Le cécifoot est une adaptation du football pour les personnes aveugles ou malvoyantes. Grâce à des règles et des repères sonores spécifiques, il permet aux joueurs déficients visuels de pratiquer une discipline compétitive tout en portant un message fort d’inclusion.

Qu’est-ce que le cécifoot ?

Le cécifoot est une adaptation du football pour les personnes aveugles ou très malvoyantes. Il se pratique généralement à cinq joueurs contre cinq.

Ce sport a été conçu pour permettre aux déficients visuels de pratiquer un football compétitif tout en garantissant leur sécurité. Pour ce faire, plusieurs aménagements techniques et réglementaires ont été mis en place : ballon sonore, encadrement renforcé, repères auditifs et kinesthésiques, etc.

Le cécifoot est bien plus qu’un sport : c’est un formidable outil d’autonomisation, de socialisation et de valorisation des capacités des personnes en situation de handicap visuel.

Les origines et l’évolution du cécifoot

Le contexte historique

Il est difficile de déterminer avec exactitude la date de naissance du cécifoot. Selon le Comité International Paralympique, des enfants aveugles jouaient déjà au football dans les cours d’écoles spécialisées en Espagne dès les années 1920.

Le cécifoot fait son entrée en France en 1987 grâce à l’initiative de Monsieur Julien Zéléla, administrateur de la Fédération des Aveugles de France et fondateur de l’Association Sportive Cécifoot Saint-Mandé (Val-de-Marne). Cette association, membre de la Fédération des Aveugles de France, joue un rôle clé dans la structuration du cécifoot en France et demeure aujourd’hui l’un des plus titrés au niveau national.

Le premier championnat de France officiel voit le jour à la fin de l’année 1998, suivi par la première édition de la Coupe de France en 2000. Depuis, ces deux compétitions sont organisées chaque année, contribuant à la reconnaissance et au développement du cécifoot dans l’Hexagone.

Le reconnaissance internationale

Le cécifoot est une discipline paralympique officielle depuis les Jeux de Athènes 2004. Depuis, il est présent à chaque édition des Jeux Paralympiques, suscitant l’intérêt de plus en plus de pays et d’athlètes. En 2012, aux Jeux Paralympiques de Londres, l’équipe de France de Cécifoot parvient à décrocher la médaille d’argent. À Paris, en 2024, la France s’offre une médaille d’or historique au pied de la Tour Eiffel et devient championne olympique de Cécifoot.

La FIFA (Fédération Internationale de Football Association) soutient également la discipline, qui dispose de son propre championnat du monde. Des compétitions continentales sont régulièrement organisées par l’IBSA (International Blind Sports Federation).

En France, la médiatisation du cécifoot a pris un tournant décisif avec des figures inspirantes comme Yvan Wouandji, porte-drapeau de la discipline.

Les règles du Cécifoot

Les règles du cécifoot sont spécialement adaptées pour permettre aux personnes aveugles ou malvoyantes de pratiquer le football en toute sécurité et dans des conditions d’équité.

Photo d'un terrain de cécifoot. Les bords du terrains sont gonflables et rouges vifs.

Le jeu se dispute à cinq contre cinq, sur un terrain réduit (40 x 20 mètres) bordé de barrières latérales qui maintiennent le ballon en jeu et servent de repères tactiles aux joueurs. Tous les joueurs de champ sont atteints de cécité totale ou partielle et portent un masque opaque pour égaliser les conditions de vision. Seul le gardien, voyant ou malvoyant, est exempt de cette règle.

Le ballon contient des grelots pour être localisable par le son, et les joueurs doivent annoncer « voy » (je vais) avant chaque action pour éviter les collisions. Des repères sonores supplémentaires sont donnés par le gardien, un guide derrière le but adverse, et l’entraîneur en zone médiane.

Ballon de cécifoot. Visuellement, il est ressemble à un ballon de football.

Le match se déroule en deux mi-temps de 20 ou 25 minutes selon les compétitions, avec des temps morts et des remplacements possibles comme au football classique. Ces règles combinent accessibilité, sécurité et intensité, rendant le jeu à la fois exigeant et spectaculaire.

Il existe deux principales catégories dans le cécifoot :

  • B1 : pour les joueurs aveugles ou avec une perception lumineuse très faible. Tous les joueurs portent un masque opaque pour garantir l’équité.
  • B2/B3 : pour les joueurs malvoyants, avec une acuité visuelle un peu plus élevée. Cette catégorie est moins médiatisée, mais tout aussi importante pour le développement du sport.

Un enjeu d’inclusion : le parcours d’Yvan Wouandji

Photo d'Yvan Wouandji en tenue de cécifoot, pied sur le ballon.

Parmi les visages emblématiques du cécifoot français, Yvan Wouandji occupe une place particulière. Devenu aveugle à l’âge de 10 ans, il découvre le cécifoot peu après. Très vite, il révèle des qualités techniques et physiques exceptionnelles. Il intègre l’équipe de France, avec laquelle il participera à plusieurs compétitions internationales, dont les Jeux Paralympiques.

Yvan s’est imposé comme un porte-drapeau du cécifoot et de l’inclusion, mêlant sport de haut niveau et plaidoyer pour la reconnaissance du handicap.

Aujourd’hui, Yvan Wouandji est ambassadeur de la Fédération des Aveugles de France.

Aidez-nous à agir

Le développement du cécifoot et l’accompagnement des personnes aveugles ou malvoyantes ne seraient pas possibles sans le soutien du public. En faisant un don à la Fédération des Aveugles de France et à ses associations membres, comme l’Association Sportive Cécifoot Saint-Mandé, vous contribuez concrètement à financer l’entraînement des joueurs, l’achat de matériel adapté et l’organisation de compétitions accessibles. Chaque contribution, même modeste, permet de faire vivre ce sport inclusif et d’offrir à toujours plus de personnes déficientes visuelles la possibilité de s’épanouir par le sport. Votre soutien fait la différence.

Faire un don

Le cécifoot en images

Photo vue du dessus. On voit deux femmes côtes à côtes pratiquant la technique de guide. Elles se déplacent de la gauche vers la droite de l'image. La personne guidée se situe un pas derrière sa guide, a une canne dans sa main droite et tient le coude droit de sa guide avec sa main gauche.

Comment guider une personne aveugle ou malvoyante ?

Savez-vous comment guider une personne aveugle ou malvoyante ? Nous avons souvent envie d’aider, mais quels sont les bons gestes à avoir ?

Pourquoi utiliser la technique de guide ?

La technique de guide permet à une personne déficiente visuelle de se déplacer en sécurité et en confort grâce à un guide. Elle repose sur des codes corporels qui permettent de limiter les explications orales.

La technique de guide est une technique internationale. Pour expliquer, rassurer, apporter des précisions, le guide peut accompagner le code corporel par une explication verbale.

Le rôle du guide n’est pas de diriger de manière autoritaire, mais de transmettre des informations par ses gestes, afin que la personne guidée puisse anticiper et s’adapter.

La position de base pour guider correctement

Avant même de commencer à marcher, il est essentiel d’adopter une posture adaptée. Le guide se place légèrement en avant, à environ un pas de distance, avec le bras le long du corps. La personne déficiente visuelle vient alors saisir ce bras, en position naturelle, avec le coude fléchi.

Cette configuration permet une lecture immédiate des mouvements : dès que le guide change de rythme ou de direction, l’information est transmise automatiquement. Cela évite les explications inutiles et rend le déplacement plus intuitif.

Photo de deux personnes de profil effectuant la position de base. Le guide est devant, à un pas, et garde le bras le long du corps. La personne déficiente visuelle est derrière. Elle prend le bras du guide, pouce vers l’extérieur et les autres doigts vers l’intérieur. Elle garde son coude fléchi à 90° le long de son buste.

Les trois codes essentiels pour guider une personne aveugle

Le ralentissement

Tout changement doit être signalé par le guide par un ralentissement du rythme de marche. Le ralentissement prévient tout changement. Par exemple :

  • Changement de direction,
  • Changement de texture au sol,
  • Changement de code…

L’arrêt

Il est utilisé notamment pour les escaliers ou les franchissements importants. Le guide s’arrête au niveau de la première marche, puis à la fin de l’escalier. Pendant toute la montée ou la descente, il reste toujours une marche devant. Si une main courante est disponible, il est recommandé de la proposer.

Photo de deux personnes devant un escalier descendant. Le guide est à un pas devant et s'arrête devant la première marche.

Le bras dans le dos

Pour négocier un passage étroit, le guide passe son bras-guide derrière son dos pour signaler à la personne déficiente visuelle qu’il faut qu’elle se mette derrière lui, bras tendu.

Photo de deux personnes pratiquant la technique de guide. Le guide est en avant d'un pas et son bras et est dans son dos. La personne derrière elle attrape son bras avec son propre bras tendu.

Comment faire face aux situations particulières ?

Certaines situations demandent une adaptation du guidage, tout en restant simples à mettre en œuvre.

Lorsqu’il s’agit de proposer un siège, une poignée de porte ou une portière de voiture, le guide place directement la main de la personne sur l’élément concerné. Il peut préciser oralement s’il s’agit du dossier, de l’assise ou de la poignée, afin de faciliter la compréhension.

Photo d'un guide qui pose sa main de son bras-guide sur l'assise d'un banc. La personne guidée suit ce bras pour trouver l'assise.

Pour franchir un obstacle comme une flaque d’eau, une marche inhabituelle ou l’entrée dans un train, le guide marque un arrêt puis avance légèrement son bras. La personne guidée se rapproche alors à sa hauteur et le franchissement se fait ensemble, de manière synchronisée.

Photo d'un guide et de la personne guidée qui franchissent en simultanée un obstacle. Les deux jambes droites sont avancées en même temps.

Les erreurs fréquentes à éviter

Certaines attitudes peuvent rendre le guidage inconfortable, voire dangereux. Il est important de ne jamais tirer la personne par la main ni la pousser dans le dos. De même, avancer trop vite sans prévenir ou changer brusquement de direction peut désorienter.

Il ne faut pas non plus oublier que l’accompagnement doit toujours être proposé. Une personne aveugle ou malvoyante reste autonome et libre d’accepter ou non l’aide.

Guider avec respect et bienveillance

Bien guider une personne aveugle ou malvoyante, c’est avant tout adopter une posture respectueuse. Il s’agit de faciliter les déplacements sans imposer, de transmettre des informations sans infantiliser.

Avec un peu de pratique, ces gestes deviennent naturels. Ils contribuent à rendre les espaces plus accessibles et à renforcer l’inclusion dans la vie quotidienne.

Comment être sensibilisé à la technique de guide ?

La Fédération des Aveugles de France et son réseau d’associations délivrent des sensibilisations à la technique de guide. Pour une bonne maîtrise de la technique de guide, vous pouvez vous mettre en lien avec un professionnel accompagnant des personnes déficientes visuelles.

Vous pouvez aussi visionner une des ressources produite par la Fédération des Aveugles de France, ci-dessous :

Vous êtes un professionnel et vous souhaitez vous former ?

Notre centre de formation, certifié Qualiopi au titre de la catégorie « actions de formation », forme des professionnels au service des personnes déficientes visuelles notamment les instructeurs pour l’autonomie des personnes déficientes visuelles. Cette formation spécifique est exclusivement dispensée par notre centre de formation. Pour toute information :

  • 01 44 42 91 95
  • secretariat.formation@aveuglesdefrance.org
Sur fond noir : Accessibilité locale. De l’engagement électoral à l’action locale pour l’accessibilité.

De l’engagement électoral à l’action locale pour l’accessibilité

Quel bilan tirez-vous de la dernière séquence électorale ?

À l’occasion des élections municipales, la Fédération des Aveugles et Amblyopes de France que je préside a mobilisé nos associations membres afin de porter localement notre plaidoyer pour des villes et villages plus accessibles et où chaque citoyen trouve sa place.

Je félicite l’ensemble des édiles élus ou réélus et plus particulièrement, les élus en situation de handicap visuel, car nous avons souhaité, dans le cadre de cette élection, mettre en avant leur participation au processus électoral en tant que candidats.

Un regret toujours cependant : les difficultés persistantes d’accès à la propagande électorale, qui ne permettent pas de faire son choix en autonomie comme tout un chacun et d’exercer sans entraves un droit fondamental, le droit de vote.

Les municipales sont désormais derrière nous. Comment agir pour poursuivre la dynamique ?

Dans les semaines et mois à venir, les Maires élus désigneront les membres des commissions communales pour l’accessibilité (CCPA). Pour rappel, ces commissions sont obligatoires dans les communes et intercommunalités de plus de 5000 habitants. Les associations de personnes handicapées visuelles doivent y être représentées.

Ces commissions peuvent être des outils efficaces au service de l’accessibilité universelle mais il est crucial que nous les personnes déficientes visuelles y participions, pour apporter notre expertise d’usage et échanger avec les services municipaux des projets de la commune : aménagement des ERP publics, de la voirie, mais aussi accessibilité numérique des sites Internet et applications qui servent aux démarches du quotidien des habitants.

Comme le dit l’un de nos membres, Gilles Trautman de l’association C’Cité, qui siège à la CCPA de Haguenau ; il faut passer de la logique de « faire pour nous », où les réalisations ne correspondent pas aux besoins, à celle du « faire avec nous », qui prend en compte la qualité d’usage. Ce qui demande beaucoup de travail de persuasion des techniciens et des élus mais qui porte ses fruits car les personnes concernées sont ensuite consultées en amont des projets. C’est ainsi l’exemple de Bourg-en-Bresse avec des réalisations concrètes grâce au travail en CCPA de la représentante de la FAF APRIDEV : balises sonores installées en mairie, dans un centre social, dans un musée, etc., feux sonorisés, bandes d’éveil de vigilance et plus globalement une consultation systématique par les services municipaux. Tous les sujets doivent y être traités, nous dit aussi notre représentant à la CCPA de Lyon : logement, transports, scolaire et périscolaire, etc. Rien pour nous sans nous !

Une commission pour l’accessibilité qui fonctionne, en résumé, c’est ?

Une commission où l’ensemble des usagers en situation de handicap est représenté, où tous les membres sont formés à toutes les questions d’accessibilité, physique et numérique, dans le respect des besoins de chaque citoyen et de la qualité d’usage, en co-construction réelle avec les services municipaux, les élus et tous les acteurs locaux.

Une commission qui pèse sur le choix et la programmation de la mise en accessibilité de l’espace public et des ERP, mais aussi de tous les services proposés à la population, sans négliger un accès effectif à l’information dans des formats pensés pour tous.

Sur un fond bleu : "bourse pour la recherche et l'innovation Gérard Dupeyron 2026".

Bourse pour la Recherche et l’Innovation Gérard Dupeyron 2026

Engagée depuis 1987 dans une politique active de soutien et de financement au service de la recherche relative à la déficience visuelle, la Fédération des Aveugles et Amblyopes de France a attribué plus de 200 bourses de recherche à de jeunes chercheurs.
Parmi eux, nous retrouvons des noms devenus aujourd’hui d’illustres personnalités reconnues dans le domaine de la recherche médicale en ophtalmologie !
Dans une vision plus large, Bruno Gendron Président de la Fédération des Aveugles et Amblyopes de France et son conseil d’administration, ont décidé d’apporter une aide financière à hauteur de 50 000 € pour une bourse de recherche attribuée dans le cadre :

  • De la Recherche en Sciences fondamentales,
  • De la Recherche clinique et/ou appliquée (innovation thérapeutique, rééducation fonctionnelle),
  • De la Recherche en Sciences Humaines (psychologie, sociologie, économie de la santé),
  • De la Recherche sur l’innovation technologique (outils de réadaptation, compensation).

La bourse spéciale Gérard Dupeyron

La bourse pour la recherche et l’innovation Gérard Dupeyron honore la mémoire d’un médecin et administrateur de la Fédération des Aveugles de France profondément engagé, qui a consacré sa vie à faire progresser la réadaptation visuelle.
Par son exigence, sa bienveillance et son sens du lien entre la recherche et la réalité vécue, il a contribué à améliorer la vie des personnes déficientes visuelles.

Conditions d’admission

  • Avoir plus de 18 ans,
  • Exercer son activité en France,
  • Avoir choisi une direction de recherche ou d’innovation qui pourrait favoriser à court, moyen ou long terme, le dépistage, la prévention et le traitement des maladies cécitantes ou l’amélioration de la vie quotidienne des personnes aveugles ou malvoyantes.
  • Le montant de la bourse ne sert exclusivement qu’au financement de salaire du candidat.
  • Cette bourse doit être gérée par un organisme (université, CNRS, INSERM, …).

Engagement

Le lauréat s’engage à communiquer à la Fédération des Aveugles et Amblyopes de France, tout au long des années qui suivent la remise de la bourse, des informations sur l’évolution de ses travaux de recherche et à venir présenter les avancées de son projet au terme de celle-ci.
Une cérémonie officielle aura lieu lors de l’obtention de la bourse.

Date limite de candidature : 28 avril 2026

  • Dossier complet à renvoyer obligatoirement par mail au plus tard pour le 28 avril 2026 à : c.charlier@aveuglesdefrance.org copie contact@aveuglesdefrance.org
  • Tout dossier de candidature incomplet ou ne répondant pas aux conditions prescrites sera refusé et renvoyé.
  • Les dossiers complets seront étudiés par le conseil scientifique composé de scientifiques reconnus, professionnels du monde de la déficience visuelle et personnes aveugles et la décision finale sera prise par le conseil d’administration de la Fédération des Aveugles de France et communiquée au lauréat .

Pour toutes informations complémentaires, vous pouvez adresser vos questions à l’adresse mail suivante : c.charlier@aveuglesdefrance.org

Le comité scientifique de la Fédération

Composé de scientifiques reconnus, professionnels du monde de la déficience visuelle et personnes aveugles et malvoyantes, le comité scientifique est au service de la Fédération des Aveugles et Amblyopes de France pour soutenir la recherche et l’innovation.

Serge PICAUD, Président

Directeur de la Fondation Institut de la Vision Institut de la Vision
Directeur Scientifique de la Fondation Voir et Entendre

Nicolas BALTENNECK

Enseignant-chercheur en psychologie du développement Laboratoire DIPHE, Institut de psychologie, Université Lyon 2

Président de la FIDEV

Hélène DOLLFUS

Professeur des Universités – Praticien hospitalier
Chef du service de génétique médicale des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg
Coordinateur du centre de référence CARGO
Directeur du Laboratoire

Jean-Sébastien EIDELIMAN

Maître de conférences en sociologie Université de Paris / CERLIS

Sophie HERNIO

Membre de l’IPIDV,
Référente accessibilité numérique

Jean-Pierre LETOURNEUX

Ancien vice-président de l’IRRP,
Docteur en chimie – Ancien chercheur dans l’industrie

Carole MALET

Directrice de dispositif (CTRDV / CMPP et Sessad Bossuet) au sein de l’association « Les PEP 69 » Titulaire d’un doctorat en psychologie

Nathalie PARIS

Chargée de mission recherche à la Fédération des Aveugles et amblyopes de France
Titulaire d’un Doctorat en Sciences Économique et Sociales

Questionnaire de candidature à la Bourse de Recherche et de l’Innovation de la Fédération des Aveugles de France

Sur un fond jaune : Accessibilité numérique, le Gouvernement doit tenir son engagement sur les démarches essentielles !

Lettre ouverte : Accessibilité numérique, le Gouvernement doit tenir ses engagements sur les démarches essentielles !

Le Collectif Français du Handicap Visuel, dont la Fédération des Aveugles et Amblyopes de France est membre, alerte le Premier ministre sur l’inaccessibilité des démarches en ligne.

En septembre 2023, le Gouvernement s’est engagé à rendre toutes les démarches en ligne essentielles totalement accessibles aux personnes handicapées.

Les démarches essentielles comprennent par exemple la demande d’un titre d’identité, la déclaration de revenus, la recherche d’une offre d’emploi…

Les 250 démarches concernées devaient être 100% conformes au RGAA (Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité) avant le 31 décembre 2025.

Or, en janvier 2026, seules 6 démarches sur 250 étaient totalement conformes au RGAA !

Les démarches non-conformes empêchent les personnes en situation de handicap d’exercer leurs droits et d’accomplir leurs devoirs.

Le retard accumulé sur la mise en accessibilité est inacceptable. Le non-respect de cette obligation légale engendre une rupture de l’égalité devant le service public.

Nous exigeons un plan d’action renforcé pour rendre toutes les démarches essentielles totalement conformes au RGAA d’ici la fin de l’année 2026.

Consulter la lettre ouverte au Premier ministre.